A Bandiagara, Peuls et Dogons sous la loi des voleurs de bétail
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A Bandiagara, Peuls et Dogons sous la loi des voleurs de bétail

Dans le Centre, à 60 kilomètres de Mopti, l’espèce bovine se fait presque rare. Le conflit y est pour quelque chose. 

Les populations du centre du Mali, particulièrement la partie exondée, sont depuis plusieurs mois victimes d’attaques qui se soldent par des assassinats. En plus des assassinats, elles sont aussi victimes de vols de bétails. La stratégie des assaillants est claire : appauvrir les populations, après les avoir empêchés de cultiver.

Selon le président de l’association culturelle Ginna Dogon, Mamadou Togo, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, ce sont environ 1965 bovins et 3 228 ovins et caprins, qui ont été emportés au cours des différentes attaques.

Peuls et Dogons victimes

Ceux qui pillent les populations sont ceux qui profitent de la situation de chaos pour emporter tout ce qui peut l’être, laissant les communautés sans ressources.

Les deux plus grandes communautés vivant dans cette partie du pays sont toutes deux victimes de cette nouvelle forme de banditisme. Le Dogon s’occupe de l’agriculture, mais possède aussi du bétail. Suivre les animaux en brousse n’est pas son sport favori. Un Dogon au village, c’est les travaux champêtres, le jardin, le commerce. Il a donc beau posséder du bétail, le Dogon le confie à un berger peul pour en prendre soins. Victimes comme les agriculteurs dogons, les Peuls, pour la plupart, ont déserté la zone.  Le Dogon, obligé de garder lui-même son bétail, fait aussi l’objet d’attaques de bandits armés.

Partis pour ne plus revenir

Depuis le départ de son berger, Seydou Guindo habitant à Kogodiogou et qui s’était transformé en berger, a subi la dure loi des bandits : « Je ne passais pas toute la journée à suivre mes bœufs. Ils allaient et revenaient d’eux-mêmes après s’être abreuvés au marigot du village. Mais un jour, ils sont partis pour ne plus revenir », explique Seydou.

Après avoir sillonné tout le village et environs, Seydou Guindo a compris qu’il n’y avait plus d’espoir de retrouver son troupeau.

Oumar Kassogué, résidant du village de Orontouno a vécu la même mésaventure. Il a perdu tout son bétail. Il nous confie que ce sont ses enfants qui faisaient office de berger et qui ont été dépouillés par des hommes armés non identifiés. Ainsi Oumar Kassogué n’a plus retrouvé les traces de ses animaux.

En plus des Dogons, les Peuls ont également été victimes de vol de bétails. Houseiny Tall, habitant à Didama dans la brousse, près d’Anakanda a perdu l’essentiel de son troupeau.  Il possédait plus de 200 têtes, ovins et bovins inclus.

Pour toutes les victimes, la stratégie des voleurs de bétails consiste à envoyer des jeunes pour l’identification des troupeaux, ensuite prennent le relais en intimidant les moins courageux ou en assassinant les résistants avant d’emporter le troupeau.

Nouvelle stratégie

Les voleurs de bétail opèrent beaucoup plus en brousse où ils attendent les animaux. Ils y sont éparpillés çà et là. Désormais, les villageois ont décidé de passer à l’action en laissant les quelques têtes de bœufs qui leur restaient en ville.

C’est le cas de Mamadou Amagara, habitant à Anakanda. Il est le fils unique de son père. Ce dernier lui a laissé 32 têtes avant sa mort. Amagara, qui préfère s’adonner à d’autres activités, a finalement vendu son troupeau.

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