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La mendicité, une nouvelle profession pour certains Maliens

Au Mali, tous les moyens sont bons pour gagner de l’argent, y compris mendier. Partout, des gens font du porte-à-porte ou se postent devant les lieux publics pour demander l’aumône. Ce qui choque le blogueur Djibril Kayentao, c’est que des personnes en bonne santé font de la mendicité, une activité génératrice de revenus, alors qu’elle devrait être réservée aux personnes handicapées qui ne peuvent pas travailler.

 L’aumône ou encore la Zakat est une sorte d’impôt annuel dont les musulmans doivent s’acquitter. Il est un pilier de l’islam qui accorde une grande importance à la solidarité sociale à travers le partage des biens matériels avec les autres musulmans. Ainsi, dans le Coran il est dit à propos de l’aumône : « Il vous remplace ce que vous dépensez dans ce monde ; et dans l’autre monde, Il vous donnera une grande récompense ».

Le respect de cette recommandation religieuse a mené beaucoup de gens à voir une opportunité  dans la mendicité au Mali comme dans d’autres pays africains à majorité musulmane.

Marabouts sans scrupules

Parmi les mendiants, on trouve les talibé (de l’arabe tâlib qui veut dire élève), qui sont des enfants envoyés par leurs parents auprès des maîtres coraniques pour qu’ils mémorisent entièrement le Coran. Traditionnellement, mendier fait partie des épreuves par lesquels passent les jeunes apprenants. Ils font ainsi le tour des maisons pour demander leur repas quotidien et revenir à l’école coranique. Leur maître n’exige théoriquement pas d’argent d’eux et ils passent la majorité de leur temps à lire le Coran.

Malheureusement, aujourd’hui, beaucoup de marabouts demandent à leurs élèves de mendier pour leur ramener de l’argent. « Il y a de ces jours, après les cours du matin, le maître nous envoie chercher à manger et de l’argent, et chacun d’entre nous doit lui ramener au moins 500 FCFA. Si nous ne ramenons pas cet argent, il nous tabasse avec le fouet en peau de chameau ». raconte un talibé rencontré à Missabougou, en commune VI de Bamako.

A côté des talibés, il y a les « enfants accompagnateurs » qui sont souvent retirés de l’école pour guider l’un de leur parent aveugle ou dans un fauteuil roulant.

« C’est mon fils, il a 10 ans aujourd’hui. Depuis maintenant 2 ans, c’est lui qui m’accompagne régulièrement. Il a arrêté l’école en 3ème année. Je voudrais qu’il continue, mais on n’avait pas de moyen », nous dit un parent mendiant qui se fait guider par son enfant, sans aucune once de culpabilité dans la voix. Il semble trouver normal que la jeune vie de son enfant se résume à l’accompagner dans cette besogne. L’éducation de l’enfant semble être le dernier de ses soucis.

Des faux mendiants

Le pire, ce sont des personnes bien portantes, mues uniquement par la recherche du gain facile.  Ces gens sont aussi partout et racontent toujours les mêmes récits pour éveiller la pitié: « Je suis atteint d’une telle maladie » ; « Je suis étranger, on m’a tout volé » ;  « je dois voyager pour aller à l’enterrement d’un parent » ; « J’ai besoin d’aide pour payer mon ordonnance ou celle d’autre personne », etc. Cette catégorie de mendiants passent toute leur journée à abuser des personnes charitables.

« J’ai décidé de ne plus aider quelqu’un qui me sort ce genre de baratin. J’ai failli frapper un des faux mendiants, un jour qu’il m’avait demandé de compléter son argent à Badalabougou. Le soir, je croise la même personne à Faladié, jouant la même comédie », raconte une victime.

Pourtant, selon la loi, la mendicité est interdite pour toute personne en bonne santé. Et religieusement, la pratique est autorisée avec beaucoup de réserves. L’Etat devrait tout faire pour décourager ce comportement.

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