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L’ORTM, « la passion du service public » ou du pouvoir ?

L’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) montre de plus en plus son visage de châine inféodée au pouvoir : elle ne couvre ni ne diffuse rien de tout ce qui ne plaît pas aux autorités. Pourtant, son slogan, « la passion du service public », donne à croire que cette chaîne nationale est celle de tous les Maliens. Pour le blogueur Mohamed Ag Allou, l’ORTM perd sa crédibilité et sa grande audience d’antan et doit changer de slogan pour devenir « la passion du service du pouvoir ». 

La chaîne publique malienne, qui est censée informer les populations de tout ce qui se passe dans le pays, s’est montrée une fois de plus sélective et partiale dans son travail. Dernier exemple en date, la marche du vendredi 5 avril sur la Place de l’Indépendance, à Bamako. Une marche à l’initiative de certaines figures religieuses, dont l’imam Mahmoud Dicko, pour dénoncer le massacre survenu à Ogassagou, la situation sécuritaire et la mauvaise gouvernance.

La marche du vendredi 5 avril est l’une des plus importantes de l’ère démocratique du Mali. Pour avoir plus d’éclairage sur cette marche, je brûlais d’impatience de regarder le journal télévisé de 20 heures, ce jour-là, sur l’ORTM. Mais ma déception fut grande : car rien n’a été dit sur la marche. Et dire que l’ORTM se trouve à 5 minutes environ en voiture de la Place de l’Indépendance où a lieu la marche.

« Le talon ne suit que les orteils »

Il faut dire que le boycott de cette mobilisation contre le pouvoir par l’ORTM n’est pas isolé. On se rappelle la mobilisation de « An tè a bana » contre la réforme constitutionnelle en 2018 que la chaîne nationale n’a pas non plus couverte. Il y a eu plusieurs autres manifestations, à travers le pays, qui n’ont pas été couvertes. Et pourtant, des chaînes étrangères étaient présentes pour faire ce que la chaîne publique, en premier, aurait du faire.

Je pense que ce n’est pas du tout professionnel d’être partial dans le traitement de l’information. « Une information doit passer, même si elle ne plaît pas aux chefs d’un média ou d’une rédaction car les informations sont destinées aux populations qui ont le droit de tout savoir sur leur pays », affirme un manifestant en colère, que j’ai eu au téléphone.

Pourtant, à l’annonce de la nomination de Salif Sanogo comme directeur de la chaîne, beaucoup de personnes avaient salué l’arrivée d’un grand journaliste qui pourrait changer la donne. Mais, jusque-là, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Nous avons l’impression que c’est toujours la même situation qui perdure à Bozola, quartier où se trouve le siège de la télévision. Comme le dit un proverbe songhaï, « le talon ne suit que les orteils ». Salif Sanogo est comme ses prédécesseurs. Il a beau être un journaliste de renom, il n’apportera aucun changement tant que le pouvoir aura une main sur la gestion de l’ORTM.

Permettre à un média de s’exprimer ou de couvrir toutes les manifestations librement, ce serait pourtant prouver au peuple que le pouvoir n’a rien à se reprocher. L’ORTM, aura-t-il ce privilège ? L’ORTM sera-t-il un jour indépendant ? A cette allure, j’en doute fort.

Une audience en déclin

Les Maliens (même ceux qui ne parlent pas français) regardaient religieusement la grande édition du journal de 20 heures. Ça, c’était avant ! Aujourd’hui, pour s’informer sur la situation du pays, plus d’un Malien préfère regarder les journaux Afrique de TV5 Monde, France 24 ou écouter les radios comme RFI, BBC ou VOA (Voice Of America).

« L’une des raisons qui poussent les gens à aller voir ailleurs, c’est parce que l’ORTM montre tout sauf l’essentiel », déclare le rédacteur en chef d’un quotidien bamakois qui considère le journal de 20h sur la chaîne comme « un long film centré sur le régime ». Aujourd’hui, si la chaîne publique voit son audience en déclin, de l’avis de nombre de Bamakois avec qui j’ai échangé, c’est parce qu’elle n’offre plus à ses téléspectateurs ce qu’ils ont envie de voir.

Une chaîne publique est financée avec des fonds publics, et doit normalement garantir un service public de l’information. Si elle ne le fait pas, c’est qu’elle se voit imposer des pressions par des autorités qui trahissent cette notion, ou que ses responsables s’autocensurent en oubliant que c’est au peuple malien qu’ils doivent rendre des comptes, et non au gouvernement. Et dans ce cas, ce sont eux qui trahissent leur vocation. En Algérie, des journalistes et des présentateurs ont démissionné parce qu’ils contestaient la façon dont on leur faisaient couvrir les manifestations contre le 5e mandat de Bouteflika. Nous n’en sommes visiblement pas encore là au Mali.

Ce que je recommande au personnel de l’ORTM et au peuple malien, c’est de protester pour que l’ORTM se voient garantir une vraie indépendance. Car aucun pouvoir ne doit monopoliser les informations encore moins les médias.

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Les commentaires récents (1)

  1. Au Mali tout est politique,donc si la compétence passe avant le savoir,rien à dire.Qui trahit le pouvoir s,exposera à un relèment.pourquoi perdre sa place afin de mettre au jour la grande verité que les ministres et députés n,oseront dire.

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