Plateau dogon : les amateurs de la lutte traditionnelle orphelins
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Plateau dogon : les amateurs de la lutte traditionnelle orphelins

Dans le plateau dogon, les mois d’août et de septembre sont traditionnellement réservés aux réjouissances populaires. Parmi les plus importantes, figure la lutte traditionnelle dont les amateurs sont orphelins de leur sport à cause de l’insécurité. 

La lutte traditionnelle, communément appelée « Adjirou » en dialecte dogon local, est le sport favori sur le plateau dogon. Ce sport, considéré comme facteur de cohésion sociale, est pratiqué par des jeunes pendant l’hivernage. « C’est une tradition dont le moment n’est pas choisi fortuitement. Cette activité est organisée après la fin de la culture et avant le début de la récolte, où les jeunes n’ont pas assez de travaux à faire », explique Douro Togo, un vieux passionné de lutte, résidant à Bamako.

En plus de perpétuer la  tradition chez les Dogon, Adjirou permet également de dénicher des jeunes talents dans les quartiers ou dans les villages. Les populations suivent chaque jour ce sport. Lors des grands évènements comme la fête célébrant l’anniversaire de l’indépendance du pays, le 22 septembre, des donateurs proposent des prix pour les 3 premiers de chaque catégorie. 

Ce moment de partage, qui était une occasion de grande ferveur, a perdu de son importance à cause de l’insécurité. Pour qui connait la lutte, elle mobilise beaucoup de monde. Cette « guerre des gros muscles » était un moment de joie pour les habitants.

Le silence des tambours 

L’attente est très longue. Depuis quelques mois, le silence des tambours qui ragaillardissaient les lutteurs est en sourdine. Tout comme  l’allégresse des amoureux de la lutte. « Depuis quatre ans, je ne lutte plus à cause de l’insécurité. Puisque c’est une passion pour moi, j’ai profité de ma présence à Bamako pour faire quelques démonstrations lors du festival culturel Ogobagna », témoigne Mamoudou Sagara, lutteur très populaire à Bandiagara.

Dans les zones où la lutte est très prisée, les populations vivent mal ce vide. Adama Guindo est un ancien « balamba » (« champion ») à Bandiagara. C’est avec amertume qu’il confie sa passion pour ce sport arrêté à cause de l’insécurité. « Nous ne pouvons plus nous distraire. Après le crépuscule, tout le monde se blottit sous sa couverture, oubliant cette période de lutte traditionnelle. J’ai envie d’entendre la mélodie qu’offrait le tamani (tambour) d’Amadou au moment où les lutteurs dansent », se remémore Aly Kodio, grand spectateur.

Vedettes en difficulté

Le tambour du griot Amadou, un instrumentiste adulé,  ne résonne plus. Ses mélodies encourageaient même ceux qui n’avaient pas le courage de descendre dans l’arène. 

Les lutteurs sont de grandes vedettes dans leurs contrées. Beaucoup leur offrent des cadeaux. Aujourd’hui, ils ont des difficultés financières. 

Certains, à l’instar de Hamidou Togo, quatre fois champion à Bankass, ont presque tout vendu pour subvenir à leurs besoins. « J’ai gagné 500 000 francs CFA et 4 motos de type Sanili entre 2013-2015. Au Sénégal aussi, j’ai gagné une moto. Aujourd’hui, je n’ai presque rien de tous ces biens », déplore l’ancien champion aujourd’hui sans perspective. 

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