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Universités : la gangrène du plagiat

Copier-coller, changement de référence, tous les moyens sont bons pour la finalisation des mémoires de certains étudiants paresseux. Une honte, selon le blogueur Fousseyni Togola.

Au Mali, la période de la préparation des mémoires de fin d’études donne une idée du niveau des étudiants ainsi que de la gestion des postes qu’ils occuperont une fois les études terminées.

Le mémoire, ce travail scientifique basé sur la recherche, marque l’entrée de l’étudiant dans la vie professionnelle et constitue pour lui la première épreuve qui doit le préparer pour ce qui l’attend une fois qu’il quittera les bancs de l’université. Constituant une unité de valeur (UV) à part entière, donc susceptible de faire échouer un étudiant s’il n’est pas approuvé, nombreux sont ceux qui explorent tous les moyens, même ceux de la malhonnêteté intellectuelle, pour terminer le mémoire. Pour ceux-là, tous les chemins mènent à Rome.

Tous les moyens sont bons

Durant ces périodes, les bibliothèques des universités voire des grandes écoles se remplissent de lecteurs ou de chercheurs. Chacun vient avec ses propres ambitions : les uns pour des recherches sincères afin de fournir un travail propre et original, les autres pour copier des travaux antérieurs. Pire, certains s’avancent jusqu’à photocopier un mémoire entier en substituant juste leur nom à celui du propriétaire.

En effet, lors d’une de mes ballades à la bibliothèque de l’École normale supérieure (ENSup) de Bamako, j’ai pu rencontrer un étudiant dans ce cas de figure, qui m’a confié qu’il enseignait dans des lycées privés. A l’en croire, cela ne lui laisse pas assez de temps de s’occuper de son mémoire : « Je vais juste faire quelques réajustements sur cet ancien mémoire et je le dépose, puisque la date butoir est pour bientôt », a-t-il laissé entendre, sans le moindre gêne.

A la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation (FSHSE), Elianne Ky, enseignante, explique que le « cas de changement des références est plus fréquent en sociologie, en anthropologie et en science de l’ éducation ». « En philosophie, j’ai surtout remarqué les copier-collers sur le net ou à partir de livres numériques ou encore d’anciens mémoires », ajoute-t-elle, avant de préciser qu’il arrive aussi que des étudiants recopient des cours dispensés par l’un de leurs professeurs sur leur thème.

En effet, les spécialistes du net existent. Ceux-ci vont directement chercher des mémoires ayant des liens avec leur thème et font du copier-coller. À côté de ces catégories, d’autres encore, soit par manque de temps ou par paresse, cherchent des gens capables de faire ce travail à leur place contre une somme d’argent. Une pratique beaucoup plus fréquente du côté des étudiants qui exercent une profession à côté.

Le sort des fraudeurs

Le manque de compétence intellectuelle me semble être la cause principale de ces pratiques. Car, après avoir passé deux ou quatre ans sans réussir à lire un seul livre en entier dans son domaine, comment lire en quelques mois cinq à dix livres ? La culture de la lecture ou de la recherche n’est pas installée. Or, on ne peut pas la forger en un seul jour : alors il faut déployer d’autres moyens pour avoir le diplôme. Par ailleurs, c’est aussi juste une question de paresse intellectuelle. Car la durée de préparation d’un mémoire est comprise entre 4 et 6 ans, selon qu’il s’agit d’un mémoire pour le  Master ou la thèse.

En général, les étudiants surpris dans ces situations bénéficient juste d’une mention passable et de la retenue de leur attestation jusqu’à ce qu’il reprenne le travail proprement et de façon originale, selon Elianne Ky. Il arrive assez rarement aussi que le travail de certains soit catégoriquement rejeté, comme ce fut le cas en 2014 pour un étudiant en philosophie à la FSHSE. « La sanction dépend notamment de la politique de l’établissement, du côté intentionnel de la fraude et de l’importance du devoir plagié », lit-on sur un site internet.

Toutefois, il convient de faire remarquer que cette pratique ne fait que nourrir la médiocrité dans les sphères publiques au Mali. Des étudiants qui réussissent par le vol ne pourront que voler une fois à des postes de responsabilité.

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