Réseaux sociaux : un levier citoyen puissant pour les jeunes
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Réseaux sociaux : un levier citoyen puissant pour les jeunes

Alors que Facebook, TikTok ou WhatsApp occupent une place centrale dans le quotidien des jeunes Maliens, leur potentiel en matière de participation civique reste largement sous-estimé. Entre absence d’éducation numérique et usage essentiellement récréatif, les réseaux sociaux pourraient pourtant devenir de véritables outils de veille citoyenne et de sensibilisation.

Partout au Mali, il suffit d’observer une rue, un car rapide ou une cour familiale pour constater l’omniprésence des réseaux sociaux. Ils façonnent aujourd’hui les conversations, les aspirations et même les modes de consommation. Mais malgré cette adoption massive, un paradoxe persiste : la plupart des jeunes très connectés n’utilisent pas ces plateformes comme instruments d’action citoyenne.

L’accès accru à Internet n’a, en effet, pas été accompagné d’une véritable éducation numérique. Beaucoup découvrent Facebook, TikTok ou Instagram sans connaître leurs codes, leurs risques, ni les opportunités qu’ils offrent en termes de participation publique. Les contenus utiles se noient dans le flux du divertissement et les jeunes consomment plus qu’ils ne créent. Or, comme le montre une réalité souvent ignorée, un simple post peut parfois obtenir en quelques minutes ce que des démarches administratives n’ont jamais réussi à régler.

Un problème de sécurité

En 2021, un poteau électrique est tombé à Hérémankono, dans la commune de Kalabancoro, créant un danger réel pour les passants, notamment les enfants. Les habitants ont appelé Energie du Mali (EDM) à plusieurs reprises. En vain. L’affaire traînait, la dangerosité augmentait.

De passage sur les lieux, j’ai pris une photo et l’ai publiée sur Facebook.
Cette publication a rapidement été relayée, notamment par un influenceur très suivi. Quelques heures plus tard, un agent de l’EDM m’a appelé pour confirmer que le problème serait traité en urgence. Le soir même, une équipe technique intervenait pour sécuriser le poteau.

Cet épisode montre combien les réseaux sociaux peuvent amplifier la voix des citoyens, accélérer la prise de décision et renforcer la redevabilité des institutions. Ce qui relève du quotidien peut ainsi devenir visible, partagé et traité.

Un engagement à la portée de tous

Djimé Kanté, syndicaliste connu pour ses nombreuses dénonciations de l’insalubrité et autres dysfonctionnements à l’Hôpital Gabriel Touré, applique la veille citoyenne au quotidien. Il la définit comme « la capacité pour un citoyen de veiller à ce que les choses se passent correctement comme cela se doit. » « Il faut veiller à ce que les gens aient accès à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé, à une justice saine, à une répartition égale des ressources du pays mais également au respect des textes de la République », ajoute-t-il.

Djimé Kanté raconte comment il intègre cet engagement dans son quotidien : respect du code de la route, conscience professionnelle, observation constante de son environnement. Lorsqu’il identifie des insuffisances, il utilise les réseaux sociaux ou interpelle directement les personnes concernées.

Vers une citoyenneté numérique active

Les réseaux sociaux ne servent pas seulement à signaler des problèmes. Ils constituent aussi un puissant canal de sensibilisation sur des enjeux essentiels : santé publique, éducation, cohésion sociale, violences basées sur le genre, environnement, inclusion des personnes vulnérables.

Une vidéo TikTok peut toucher davantage qu’une conférence, un thread sur X peut expliquer des enjeux complexes, une story Instagram peut déclencher une mobilisation locale. La pédagogie n’est plus l’apanage des ONG : chaque jeune peut désormais devenir un acteur de changement.

L’exemple de Djelika Traoré, fondatrice d’El’Protect, est emblématique. Très suivie sur les questions de santé sexuelle et reproductive, elle conçoit la sensibilisation comme « la capacité de comprendre la réalité de l’autre, écouter, accompagner et créer un espace où chaque voix compte ». Dans un contexte où les adolescents — surtout les filles — sont confrontés à une forte vulnérabilité, elle voit la sensibilisation comme un geste de protection et un moteur de transformation sociale.

El’Protect combine travail communautaire et stratégie numérique : enquêtes participatives, causeries éducatives, visites à domicile, formations, mais aussi vidéos pédagogiques, podcasts, contenus interactifs en français et en bamanankan, diffusés sur les réseaux sociaux, les radios et les télévisions locales. Grâce au numérique, Traoré touche des jeunes qu’elle ne pourrait jamais rencontrer autrement.

Elle évoque le cas de nombreuses adolescentes issues de zones rurales : invisibles dans l’espace public, privées de voix, souvent déscolarisées, mais qui trouvent en ligne un espace pour s’informer sur leurs droits. Pour elles, la sensibilisation devient une « urgence numérique », car une simple vidéo ou un message peut véritablement changer — voire sauver — une vie.

Pour que cette dynamique s’inscrive dans la durée, les jeunes doivent adopter une posture responsable : vérifier les informations, éviter la désinformation, rester courtois, documenter avec rigueur et relayer les besoins réels des communautés.

Dans un pays où civisme, transparence et participation sont encore des défis, les réseaux sociaux constituent désormais un pilier incontournable de l’engagement citoyen. Bien utilisés, ils ne sont plus seulement des espaces de divertissement, mais des outils d’éducation, de protection et d’autonomisation.

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