Mali : La femme, une louve pour la femme ?
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Mali : La femme, une louve pour la femme ?

Le combat pour la liberté de la femme au Mali, selon la blogueuse Salimata Traoré, tarde à aller de l’avant car il y a un manque de soutien des concernées.

Je dis très souvent dans mes propos que le féminisme n’est pas un combat contre les hommes mais avec les hommes. A partir du moment où ces derniers sont nos fils, frères, époux et pères, ils ont pour devoir de faire partie du combat. Il y a un manque de soutien déplorable de leur part, mais il y a un autre problème encore plus grand que ce manque de soutien des hommes dans le combat pour le féminisme au Mali: les femmes elles-mêmes !

Imaginez-vous qu’au quotidien, vous vous battez pour des personnes qui sont les premières à vous critiquer, à critiquer négativement et à insulter votre cause.

Un jour sur ma page Facebook, j’ai fait une publication sur l’excision. Dans cette publication, je citais les conséquences néfastes de la pratique de l’excision. Surprise : la majorité des commentaires désagréables venaient des femmes. Je lisais : « Vous-là, qui êtes parties en Europe, vous vous prenez pour qui à vouloir saboter nos pratiques? ». Et la même personne d’ajouter : « Moi-même j’ai été excisée, ma mère et ma grand-mère et pourtant on n’a rien hein! Si Dieu me donne une fille, elle sera excisée! ». Un autre commentaire : « Nous au moins, nous ne sommes pas des blakôrô (gamine, ndlr) comme les femmes non excisées hein. Elles sont sales et impures.»

Le silence et complicité des mères

En lisant ces commentaires, j’ai eu des larmes aux yeux, car j’ai eu à voir des femmes ayant souffert de l’excision et elles ne s’en remettent pas. Je me suis demandé : « Si ces femmes-là voyaient ces commentaires ?»

Je tiens à rappeler aussi que ce sont les mères qui accompagnent leurs filles chez la vieille qui excise. D’ailleurs, j’ai un cousin qui ne voulait pas du tout de cette pratique pour sa fille. Mais, c’est ma belle-sœur, Fanta, son épouse, qui a amené la petite en cachette.

De plus, lors des mariages forcés des petites filles, les mères sachant pour la plupart que ce n’est pas une bonne chose, qu’elles ne sont pas pour, décident de garder le silence et participent à tous les rituels de cette pratique. Amy, une jeune fille de 23 ans, qui s’est mariée il y a 9 ans de cela, me disait : « Ma mère était contre la décision de mon père. Je l’ai suppliée d’intervenir et de raisonner ce dernier. Mais, elle n’a rien fait. Elle m’a demandé d’accepter, que beaucoup de femme subissent cela et finissent par s’en sortir ».

La pression du mariage

Aussi, si nous nous intéressons au cas des jeunes femmes qui tardent à se marier, en général, elles sont confrontées à des commentaires comme « c’est quand ton tour? », « toutes les filles de ta génération sont engagées sauf toi! » Des copines, sœurs et mères qui font qu’elles se retrouvent stressées, angoissées au point de subir la dépression.

C’est le même cas pour celles qui sont mariées et veulent quitter leur époux par exemple. On entendra toujours une mère crier « elle va me foutre la honte », ou encore « reste dans ton foyer et supporte ! ». À côté, il y aura toujours d’autres femmes qui diront : « Ce n’est pas une femme elle! Une femme, une vraie, ne fuit pas son foyer », ou encore : « Il y en a qui cherchent et qui n’en trouvent pas, toi tu en as et tu laisses ».

Les femmes sont au cœur, actrices, impliquées dans beaucoup de décisions ou actes, et c’est un aspect à ne pas du tout négliger dans notre combat. Pour qu’il y ait plus de justice pour les femmes, il faudrait que nous soyons solidaires et ayons des idées convergentes. Peut-être là, nous arriverons à nos fins.

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Les commentaires récents (1)

  1. Je suis tout a fait d’accord que la femme soit la cause du retard de la femme.
    Cependant, il est très difficile de comprendre une situation sans pour autant vivre cette situation. On ne peut pas juste se mettre a la place de la personne. Faire changer les croyances d’une personne est très difficile voire impossible. Donc nous devons y aller doucement, nous devons être compréhensive, aimable et surtout ne pas faire de ces femmes là nos ennemie.