Mopti : la tambin, instrument en voie de disparition
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Mopti : la tambin, instrument en voie de disparition

La tambin, plus connue sous le nom de « flûte peule », était jadis l’instrument de musique traditionnel joué lors de toutes les grandes manifestations récréatives dans la région de Mopti. Aujourd’hui, le son de cette flûte a disparu.  

La région de Mopti était l’une des destinations touristiques les plus prisées au Mali. Outre la satisfaction des visiteurs les plus blasés en raison des innombrables lieux d’attractions et l’aspect melting-pot de sa population dotée d’un savoir-faire multidimensionnel, les fins gourmets se désaltèrent généralement avec un bon bol de lait frais comme boisson apéritive avant de choisir parmi des spécialités culinaires garnies de mets d’une succulence carnée ou poissonneuse.

La vile de Mopti est aussi hospitalière avec un patrimoine culturel immensément riche et adulé de l’extérieur pour la bonne conservation de ses us et coutumes ancestrales. Elle pouvait se vanter de ce conformisme et de la variété dans la diversité de ses répertoires musicaux et instrumentaux lors des différentes éditions de la biennale artistique et culturelle et des manifestations récréatives dans la région. Cette identité culturelle est fortement compromise de nos jours.

Une flûte jouée par les bergers

De la plus célèbre danse des masques du plateau dogon, en passant par les belles soirées multicolores animées par les prestations des marionnistes en milieu bozo et somono, rares sont ceux qui n’ont pas acquiescé de la tête ou esquissé de souples et nobles pas de danses pour accompagner les belles notes douces et mélodieuses des musiciens de « Céyrédou », un ensemble instrumental appartenant aux Peuls de la région.

Cet héritage culturel, transmis de génération en génération, n’a plus son lustre d’antan de nos jours. Car les virtuoses de ce merveilleux instrument à vent commencent à se compter sur les doigts d’une main lors des différentes prestations des orchestres traditionnels «Céyrédou».

La tambin, autrement dit « la flûte pastorale », était à l’origine une flûte traversière à trois trous, traditionnellement taillée à la main et faite de roseau, d’un bout de calebasse et de la cire d’abeille. Elle était jouée par les bergers peuls pour se motiver et rameuter les troupeaux en brousse. Apprivoisé au fil du temps, cet aérophone est devenu le soprano des symphonies musicales et des prestations artistiques de la région.

D’une longueur de 30 cm, variable et avec un mode de décoration différent de celui qu’on peut apercevoir chez les Malinkés du Mandé, on peut aussi retrouver la tambin fabriquée avec une tige de mil ou de métal et une embouchure rectangulaire pour avoir une gamme diatonique d’une octave à une octave et demi.

C’est la voix combinée au souffle qui vient donner des sons caractéristiques et harmonieux à la flûte. Le son cumulé de la flûte et de la gorge donne un effet spectaculaire avec une belle acoustique inédite. Cette technique permet aux flûtistes de s’accorder parfaitement avec les paroles du chanteur et de reproduire vocalement certaines intonations pour le grand plaisir de l’auditoire.

La nostalgie de Djéliba

Belco Tamboura, un vieux notable de la ville plus connu sous le sobriquet de « Djéliba », une des rares virtuoses de la tambin habitant le quartier de Taïkiri (Mopti), se souvient encore de ses heures de gloire et des nombreux présents qu’il recevait lors de ses prestations.

« De nos jours, nous assistons malheureusement à la déperdition de la plupart de nos valeurs ancestrales. La musique moderne a volé la vedette à la musique traditionnelle et la nouvelle génération préfère la prestation du disk jockey et des griots modernes à nous les troubadours de  la belle époque avec nos orchestres symphoniques traditionnels composés de N’goni, Kora, Balafon, Violon, Cor naturel pour célébrer les évènements festifs comme le mariage, le baptême, les soirées récréatives », confie-t-il, avec une voix pleine d’amertume et en répliant les flancs de son grand boubou bleu pour mieux s’allonger dans son hamac attaché sous l’ombre d’un grand manguier.

La crise sécuritaire a bouleversé le quotidien des populations des régions du centre et du Nord du Mali. Le tocsin pour la protection et la sauvegarde des patrimoines culturels est d’ores et déjà sonné et nous espérons que vous verrez prochainement lors de vos visites touristiques dans le « Suudu Baba » que le « Céyrédou » ou l’ensemble instrumental de Mopti n’a rien à envier aux cornemuses écossaises pour vous souhaiter la bienvenue dans la « Venise du Mali ».

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