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Route Gao-Sévaré : pourquoi les travaux ne démarrent-ils pas ?

Alors que les travaux de rénovation de la route Gao-Sévaré n’ont toujours pas commencé, les usagers sont toujours en proie aux braquages, aux mines qui explosent…

Un mort et 13 blessés. C’est le bilan après qu’un bus quittant Bamako pour Gao a roulé sur une mine, le 22 avril 2019, sur un axe dont les travaux sont pourtant financés mais dont les travaux n’ont toujours pas commencé. Les usagers continuent d’essuyer les conséquences de l’état de délabrement dans lequel cette route se trouve.

Cette route, qui relie Gao, la plus grande ville du nord du pays, à Sevaré (centre, Mopti) en passant par Gossi, Hombori, Konna, Douentza, Bandiagara a été construite en 1986. Aujourd’hui, en plus de son état désastreux, elle est devenue l’axe de tous les dangers pour les usagers. « Si vous ne voulez pas vous faire braquer puis dépouiller de tous vos biens par des hommes armés, vous risquez de passer des jours de voyage en attendant l’escorte militaire », témoigne Hamza Maiga, étudiant à Bamako.

Le billet est passé de 15 000 à 25 000 francs CFA

Emprunter cette route, pour les camions de transports et les bus, reviendrait à prendre le risque de se faire braquer par des hommes armés, de passer sur une mine ou, tout simplement, de se renverser. De 2012, début de la crise au Mali, à aujourd’hui, le prix du billet aller-simple sur Bamako est passé de 15 000 francs CFA à 25 000 francs CFA. Les passagers ne peuvent en vouloir aux quelques rares compagnies qui continuent de desservir cet axe malgré son état impraticable.

Pour éviter de passer trois, quatre, cinq jours, voire une semaine de voyage sur cette voie, certaines personnes passent par le Niger et le Burkina pour arriver à Bamako en payant deux fois plus cher. Celles et ceux qui ont « des relations » patientent des jours pour avoir un vol gratuit de la Minusma. « Quand je n’ai pas un vol Minusma, je suis obligé de passer par le Niger ou le Burkina pour aller à Bamako. Ça coûte plus cher surtout avec ce qu’on nous fait payer aux différents postes de contrôle de ces pays de transit. Mais ça nous évite de nous faire braquer ou passer des jours à attendre », explique Aissata Yattara, commerçante se rendant à Bamako au moins deux fois par mois.

Manque de volonté politique

En avril 2017, lors d’un voyage du président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, à Riyad, ce dernier avait obtenu de la part du roi saoudien, Fayçal, des promesses de financement des travaux de rénovation de la route Gao-Sévaré. Lors des dernières élections présidentielles, un ministre en campagne à Gao pour le président sortant a été interpellé sur le sujet par des jeunes qu’il avait rencontrés. Il a répondu que la situation sécuritaire qui prévaut sur cet axe ne favorisait pas le démarrage des travaux, tout en leur assurant que des fonds ont déjà été mobilisés pour la rénovation. Selon lui, c’est une priorité pour le gouvernement  mais « sécuriser le personnel et le matériel coûtent plus cher que les travaux de rénovation eux-mêmes », avait-il ajouté.

Une thèse qui ne convainc pas. Il faut tout simplement dire que la volonté politique de soulager les souffrances des populations n’y est pas. Rénover cette route reviendrait à réduire les risques d’accidents, d’insécurité (les terroristes n’auront plus le temps suffisant de creuser et placer leurs mines avec une route neuve et bitumée). Pour ce qui est de la sécurisation du personnel et du matériel mobilisés pour les travaux, Hafizou Touré, ressortissant de Gao, propose « d’utiliser les groupes armés dont les éléments, incontrôlés et sans revenus, sont à la base de cette insécurité sur cet axe. Ils peuvent servir de main-d’œuvre et être même absorbés dans la foulée de ces travaux. »

Le développement passe par des routes reliant nos régions entre elles, et avec les pays frontaliers. Les trois régions du Nord sont coupées du reste du Mali par manque de routes, et cela est un grand handicap. A toutes les rencontres de haut niveau auxquelles les responsables de Gao ont la chance de participer, ils n’oublient pas de porter le cri de cœur des populations : « On veut la route Gao-Sevaré ! » Pour les populations de Gao, cette route reste la priorité des priorités, et les travaux auraient dû commencer il y a longtemps s’il est vrai que le financement était acquis. « Le plus difficile est passé et il faut commencer le démarrage sans encore tarder », confient certains ressortissants de Gao.

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