Le deuxième panel de la Conférence régionale sur le numérique et la cohésion sociale et des Concertations régionales sur l’intégrité de l’information en Afrique de l’Ouest et au Sahel, organisées par Search for Common Ground le 10 juillet 2025 à Bamako, a mis en lumière les enjeux cruciaux liés à la gouvernance des plateformes numériques, à la souveraineté technologique et à la protection des données personnelles.
Experts, représentants institutionnels et acteurs communautaires ont échangé autour des défis actuels et des pistes de solutions pour une régulation éthique, inclusive et adaptée aux réalités africaines.
Les géants du numérique — les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) — dominent l’espace numérique africain sans véritable obligation de transparence ni de redevabilité. Leur présence massive contraste avec la difficulté des États sahéliens à instaurer des cadres juridiques et réglementaires efficaces pour encadrer leur activité. Pire encore, les citoyens se retrouvent souvent plus exposés aux sanctions que ces multinationales aux ressources considérables.
Fracture numérique et dépendance technologique
L’accès à Internet reste inégal, coûteux et peu adapté aux réalités locales. Les femmes, les jeunes et les zones rurales sont les plus marginalisés. La dépendance aux technologies étrangères freine l’émergence de « solutions africaines » adaptées aux besoins des populations.
Les intervenants ont appelé à la création d’une plateforme ouest-africaine de régulation, à l’intégration de l’éducation aux médias et à l’information (EMI) dans les systèmes éducatifs, à la promotion du multilinguisme numérique, et à la mise en place de cellules nationales de veille sur la désinformation. Une charte d’utilisation de l’intelligence artificielle et des mécanismes de financement durables sont également nécessaires.
Si l’on veut que le numérique devienne un levier de développement et non un vecteur d’aliénation, il est impératif de construire une souveraineté numérique africaine fondée sur les droits humains, la participation citoyenne et la justice technologique. L’Afrique ne peut se contenter d’être un simple marché : elle doit s’imposer comme un acteur à part entière dans la gouvernance mondiale du numérique.
