Entre autorégulation et formation, la Charte de la presse en ligne cherche son public
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Entre autorégulation et formation, la Charte de la presse en ligne cherche son public

Adoptée en septembre 2023 pour encadrer les pratiques des médias en ligne et lutter contre la désinformation, la Charte des professionnels de la presse en ligne au Mali ambitionne de servir de « boussole » aux journalistes et aux créateurs de contenus numériques. Deux ans après son adoption, elle reste toutefois encore peu connue au-delà des cercles professionnels initiés.

À l’origine de la Charte des professionnels de la presse en ligne, un constat préoccupant : la montée en puissance de la désinformation et des discours violents dans l’espace numérique malien, y compris au sein de médias se revendiquant professionnels. « Les journalistes eux-mêmes étaient parfois piégés par la mésinformation, la malinformation ou la course au buzz », explique Modibo Fofana, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne au   Mali (APPEL-Mali).

Structurée autour de 19 articles, la Charte insiste sur des principes essentiels : vérification des faits, respect des sources, droit de réponse, refus des rumeurs et des discours haineux, protection de la vie privée ou encore promotion du genre.  « La Charte ne remplace pas l’éthique journalistique, elle la renforce », rappelle Modibo Fofana.

Le pari de l’autorégulation

APPEL-Mali défend une approche fondée sur l’autorégulation et la formation continue, et affirme que cette stratégie a déjà donné de bons résultats. « Depuis la signature de cette Charte, aucun de nos journalistes n’a été interpellé par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité pour des dérives sur les réseaux sociaux ou des infractions liées aux publications en ligne », se réjouit son président.

Dans cette logique, l’association organise, en partenariat avec Search for Common Ground, des ateliers à Bamako et dans les régions afin de diffuser la Charte, non seulement auprès des professionnels des médias, mais aussi des créateurs de contenus. « Aujourd’hui, certains producteurs de contenus, parfois appelés de manière péjorative “vidéo-mans”, sont plus suivis que des médias professionnels », observe Modibo Fofana.

« Leur communication doit les amener à plus de prudence et de responsabilité dans le cyberespace. Ce qui est publié sur Internet ne s’efface pas : une parole peut ressurgir vingt ou trente ans plus tard », rappelle-t-il, voyant dans la Charte un repère indispensable pour naviguer durablement dans l’espace numérique.

Une charte encore peu connue hors des cercles initiés

Pour Mady Tounkara, rédactrice en chef de Nyeleni Magazine, la Charte constitue un outil particulièrement utile, notamment parce qu’elle invite les professionnels des médias à intégrer la question du genre dans leur pratique journalistique.

Tounkara estime que, plus généralement, chaque article répond à un objectif précis et contribue au renforcement des standards professionnels. Elle appelle ses confrères, en particulier ceux de la presse en ligne, à s’approprier ce document. « Quelle que soit l’expérience, la formation doit être continue. La connaissance n’a pas de limite », insiste-t-elle.

À Sikasso, Souleymane Sangaré, blogueur ayant participé à un atelier de vulgarisation, reconnaît avoir entendu parler de la Charte sans en maîtriser le contenu. « Je ne l’avais jamais lue auparavant », admet-il. Selon lui, une diffusion plus large du document contribuerait à assainir l’espace numérique malien. « Elle peut aider à prévenir les dérives sur les réseaux sociaux et dans les médias en ligne », estime-t-il, soulignant le rôle central des producteurs de contenus dans la circulation d’informations fiables et constructives.

Même constat chez Amadou Bachirou Diallo, également créateur de contenus à Sikasso. « « J’ai compris que le fait de maîtriser cette Charte, l’éthique et la déontologie journalistique, ça peut t’éviter d’aller en prison et d’être interpellé par rapport à tes publications », confie-t-il, y voyant un outil de prévention autant que de professionnalisation.

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