Journée mondiale de la radio : au Mali, la reine des médias mise à mal par les difficultés
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Journée mondiale de la radio : au Mali, la reine des médias mise à mal par les difficultés

Ce jeudi, le monde entier célèbre le « 13 février », journée mondiale de la radio. Elle a été initiée par les États membres de l’Unesco en 2011, et adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2012. Cependant, la radio, l’un des médias de masse, fait face à plusieurs difficultés au Mali.

« Le pluralisme dans la diversité » est le thème retenu cette année pour la journée internationale de la radio. Reconnue comme un outil de communication qui touche les masses, la radio est aujourd’hui secouée par l’avènement des réseaux sociaux comme Facebook. De 1991 à nos jours, le Mali a vu naître une multitude de radios privées. Au sein de  l’Union des radiodiffusions et télévisions libres du Mali (URTEL), on retrouve au moins 480 radios. Si l’on y ajoutait celles qui ne sont pas autorisées, on compterait plus de 600 radios au Mali.

A l’épreuve des réseaux sociaux

Les radios dites de proximité sont confrontées à de nombreux problèmes et peinent à jouer leurs rôles. Parmi ces problèmes, figurent entre autres l’utilisation des fréquences non attribuées officiellement par la Haute autorité de la communication (HAC), le non-respect des critères d’émission, le manque de cahier de charges.

En manque de ressources financières adéquates, les stations de radio sont devenues des proies faciles pour des hommes politiques, qui les utilisent à leur guise.

A l’ère des réseaux sociaux, des questions se posent sur la place de la radio dans le monde des médias. Pourtant, elle constitue le premier media proche des populations, surtout rurales, dans des zones reculées.  L’utilisation également des langues locales fait d’elle la reine des médias.

Sans ressources financières

Le paysage radiophonique au Mali manque de programmes attrayants. Le manque de personnel qualifié est un vrai handicap dans la production de contenus de qualité. Cela est dû à la façon dont les animateurs et les journalistes sont recrutés.

Souvent recrutés sans contrat de travail ni couverture sociale, les animateurs et journalistes se livrent à toutes sortes de pratiques pour assurer leur survie quotidienne.« Le jour où j’ai demandé une couverture sociale, le promoteur m’a clairement dit de quitter sa radio. N’ayant pas le choix, j’ai accepté de rester sans une seule garantie », affirme un animateur d’une radio dans le centre du pays, qui a requis l’anonymat.

Le manque de partenaires financiers est l’une des grosses difficultés auxquelles les radios maliennes font face pour assurer leur fonctionnement.  En lieu et place d’une source de financement adéquate, la publicité est devenue pour elles une source de revenu.

Payer pour animer à la radio

Dans certaines radios, les animateurs paient pour animer. « Je paie mes heures d’animation au directeur. La pratique est connue de tous dans ce milieu. Etant donné que je me finance moi-même, tous les moyens sont bons pour avoir de l’argent », confie un animateur de radio à Kayes.

Le président des animateurs et techniciens de radio de Mopti assure que cette pratique est bannie dans sa localité : « La tentation était là, mais nous avons vite mis le holà », confie Ousmane Koïta, dit « Massakè ». « « A Ségou, ce sont les radios qui ne sont pas membre de l’URTEL qui connaissent les histoires de paiement des heures d’animation », affirme Albert Kalambry, animateur à la radio Foko de la « cité des balazans ».

Insécurité

Au Centre comme au Nord, les radios subissent aussi la censure. Certains journalistes font régulièrement l’objet de menaces. Dans des zones où opèrent différents groupes armés non étatiques, la liberté d’expression n’est pas garantie. « J’ai été menacé trois fois par des djihadistes pour avoir parlé de certaines de leurs activités », a  fait savoir Zou (le prénom a été  modifié), animateur de radio dans le Centre.

Membre du Comité des experts de la maison de la  presse, Ramata Diaouré estime que les défis à relever sont les mêmes dans l’ensemble de la presse malienne. « La formation, explique-t-elle, le traitement de l’information sous pression, sont les maux auxquels la presse malienne est confrontée. Le professionnalisme, le respect de l’éthique et la déontologie du métier, le traitement impartial ont été emportés par la puissance de l’argent et des politiques »

Elle ajoute que la force des radios dans notre pays est la diffusion des informations dans les langues locales, contrairement à la presse écrite où uniquement la langue française est de mise.

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