Kayes : l’interminable bras de fer sur les taxes de développement régional local à Yélimané
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Kayes : l’interminable bras de fer sur les taxes de développement régional local à Yélimané

Le paiement des taxes de développement régional et local(TDRL) est un sujet qui fâche à Yélimané, dans la région de Kayes. Il est source de tensions entre élus communaux et populations, rapporte notre blogueur Michel Yao.

Située à 90 km de Kayes, sur l’axe menant à Bamako, la commune rurale de Tringa-Marena n’est pas la seule parmi les 12 que compte le cercle de Yélimané à être confrontée au défaut de recouvrement de taxes. Auparavant, d’autres localités, comme Toya, s’étaient lancées dans un bras de fer avec les autorités communales sur un montant qu’elles jugeaient « excessif ».

À Tringua-Marena, le maire Mamady Tounkara et une partie de la population des cinq villages de sa commune se tiraillent régulièrement à propos du montant à payer. Les populations parlent de 1.135 FCFA, alors que le maire estime qu’il s’agit de 2. 135 FCFA. Ainsi, le 23 octobre 2019, au sortir d’une réunion avec les chefs de village de la commune, le maire a été accusé de ne pas respecter sa promesse de campagne pour les élections municipales en 2016. « Nous avons voté pour M. Tounkara parce qu’il avait promis de fixer la TDRL à 1 135FCFA ». De son côté, le maire dit faire appliquer la loi.

Campagnes contre le montant

Cette problématique, qui ne date pas d’aujourd’hui, peine à trouver une solution. Les militants de l’association Dagakané (« avancer, se développer » en langue soninké), ont ouvertement manifesté leur refus de s’acquitter de la taxe. Créée en 2014 par des ressortissants du cercle de Yélimané pour promouvoir le développement socio-économique de leur cercle, cette association a lancé plusieurs campagnes contre le montant à payer pour la taxe. Certains leaders, comme le porte-parole Bakary Diambou, et plusieurs militants, ont même été arrêtés en 2015 lors d’une manifestation à Yélimané sur le montant de la TDRL, puis libérés par la suite.

« Personne ne veut nous écouter »

Arouna Sissoko est un journaliste, suivant régulièrement ce sujet dans le cercle de Yélimané. Pour lui, il y a trop d’incompréhensions : « Les autorités, durant les premières manifestations qui ont eu lieu en 2015, n’avaient pas su communiquer sur la question avec les populations, qui ont estimé qu’elles avaient réalisé seules d’importantes infrastructures sanitaires, éducatives sans l’aide des autorités.», explique-t-il.

Le problème daterait du régime du Général Moussa Traoré, selon El Hadj Mamadou Sylla, un des conseillers du village de Diagoné, qui rappelle que c’est la population elle-même qui s’était imposée en 1987 la somme de 1.000 FCFA pour la construction du campement pour hôtes, l’achat d’une voiture pour l’Union démocratique du peuple malien(UDPM) et la construction du siège de ce même parti à Yélimané, aujourd’hui occupé par le procureur. « Cela ne devait durer que 4 ans. Aujourd’hui, nous exigeons son retrait, et personne ne veut nous écouter », ajoute M. Sylla à propos de la taxe.

Depuis l’éclatement de cette polémique au sujet du paiement de la TDRL, en 2015, dans le cercle de Yélimané, la plupart des maires qui y sont favorables ont perdu leur fauteuil aux élections communales de novembre 2016 face à des candidats de l’association Dagakané, parmi lesquels se trouvait Mamady Tounkara, l’actuel maire de Tringa-Marena. Pourtant, certains de ces élus ont révisé leur position après leur élection, ce que des partisans ont vécu comme une « trahison ».

Que dit le code général des impôts au Mali?

En son article 154, le code général des impôts fixe les taux de la taxe pour le cercle de Yélimané à 2.135 F CFA. Le même article indique que « les taux de la taxe peuvent, sur décision du Conseil de cercle, du Conseil municipal ou du Conseil de district, être fixés à des montants supérieurs ou inférieurs aux taux indiqués, à la condition que la différence par rapport à ces derniers n’excède pas 25 %, en plus ou en moins ».

Face à cette situation, seul le dialogue est souhaitable. Toutes choses que les populations disent n’avoir jamais obtenues. « Malgré les démarches pour trouver la solution, personne ne veut nous écouter pour discuter sur le fond de l’affaire », regrette un membre de l’association Dagakané.

Ce dialogue doit être accompagné d’une véritable campagne de sensibilisation. Déjà sur le grill à cause de la problématique de l’esclavage par ascendance, les autorités du cercle de Yélimané doivent faire face à cette polémique au sujet de la taxe, qui constitue une bombe à retardement. Il faut très vite une solution.

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