Tombouctou : la sécurisation des groupes armés ne rassure pas
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Tombouctou : la sécurisation des groupes armés ne rassure pas

A Tombouctou, l’insécurité a atteint un niveau tel que les forces armées maliennes ne contrôle presque pas le terrain. Ce sont des groupes armés qui assurent la sécurité sur les axes routiers.

Depuis l’occupation des régions du Nord du pays, l’environnement sécuritaire se dégrade de jour en jour. Après la reconquête du territoire par les forces franco-africaines, la situation est encore pire, en dépit de la signature d’un accord pour la paix. Comme si nous nous étions trompés au sujet des vrais ennemis de la paix, des vrais fauteurs d’insécurité.

Avec l’accord, les groupes signataires ont presque acquis une légitimité. Ils peuvent maintenant se promener comme ils veulent, sans être inquiétés. Il y a eu des assassinats, des enlèvements suivis de demande de rançons. Même les convois escortés par l’armée ne sont pas épargnés.

Sécurisation

Face à cette montée de l’insécurité, plusieurs groupes armés de la plateforme et de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) ont décidé de sécuriser Tombouctou et ses environnants. Mais, l’accent est surtout mis sur les axes menant aux autres localités (cercles, communes, villages…).

Avec cette intervention, les braquages ont beaucoup diminué. On n’entend presque plus les populations se plaindre. Il y a eu des arrestations et nous avons constaté la fluidité des voyages, surtout sur le tronçon Tombouctou – Goundam, qui était réputé dangereux par le passé. Mais, on se demande toujours pourquoi cette initiative de sécurisation au moment où l’idée de rediscuter les termes de l’accord est en train de faire du chemin.

Inquiétudes

Les groupes armés n’ont pas la confiance des populations, à cause du comportement de certains pendant l’occupation de 2012. Toutes choses qui ont fait planer le doute sur leur bonne volonté quant à la sécurisation. « Pourquoi ce sont les groupes armés qui nous sécurisent et non l’armée républicaine ? Que cache cette sécurisation ? Est-ce une nouvelle forme d’occupation », s’interroge Alassane Traoré, coiffeur. Avant de poursuivre : « Je ne suis pas confiant et nous sommes en droit de nous inquiéter, car c’est comme cela que l’affaire de 2012 aussi à commencer. Mais le grand problème, c’est que personne au sommet ne dit mot. S’ils nous ont vendus, qu’ils nous le disent simplement. »

Terrain miné

Les populations ont raison de s’inquiéter : ce sont elles qui subissent les conséquences, comme en 2012. Mais dans les rangs des groupes armés, on essaie de rassurer. « Nous sommes issus des populations, on ne peut pas leur faire du mal. Nous sommes ici juste pour mettre hors d’état de nuire les bandits et les voleurs. Et d’ailleurs, depuis qu’on est dans la zone, vous avez dû constater qu’il n’y a plus d’enlèvements Nous avons aussi arrêté certains voleurs », se réjouit Mohamed Lamine Dicko, du CMFPR1 (Plateforme).

A la question de savoir comment  les choses vont se passer avec les djihadistes, plus équipés et mieux engagés, il hésite avant d’affirmer que la solution sera trouvée avec les dirigeants. Une preuve de plus pour s’inquiéter de notre avenir.

Aujourd’hui, le terrain est miné et il ne sert à rien de se voiler la face. Les forces républicaines cantonnées dans leur camps, limitées aux patrouilles à l’intérieur de la ville ne peuvent pas assurer la sécurité des populations contre des envahisseurs.

L’État doit prendre ses responsabilités et redéployer sur tout le territoire malien une armée régalienne mieux formée et mieux équipée pour la sécurisation des personnes et des biens. Les dirigeants doivent parler un langage clair et défendre l’unité du pays afin que les cœurs  s’apaisent.

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