Du chaos numérique à la résilience collective : les réseaux sociaux maliens après le 25 avril
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Du chaos numérique à la résilience collective : les réseaux sociaux maliens après le 25 avril

Dans les heures qui ont suivi les attaques du 25 avril, les réseaux sociaux maliens ont été envahis par des vidéos sorties de leur contexte, des rumeurs et des discours haineux. Entre quête d’informations, peur collective et mobilisation citoyenne, plusieurs acteurs appellent à faire des plateformes numériques des espaces de dialogue plutôt que de division.

Quelques heures après les attaques du 25 avril, WhatsApp, Facebook, TikTok et X se sont transformés en gigantesques caisses de résonance. Publications alarmistes, images anciennes recyclées, informations contradictoires, commentaires violents: en quelques heures, les réseaux sociaux ont plongé de nombreux internautes dans un climat de confusion.

Dans un Mali déjà fragilisé par des années d’insécurité, cette circulation incontrôlée de contenus a renforcé la peur et les tensions. Mais derrière cette agitation numérique se cache aussi une réalité plus profonde: en période de crise, les populations cherchent avant tout à comprendre ce qui se passe et à se rassurer.

Pour le psychologue Abdou Assamadou Cissé, cette réaction est naturelle. « En période de crise ou d’insécurité, les cerveaux se mettent en mode survie », explique-t-il. Face à un événement brutal, certains paniquent, d’autres restent figés, tandis que beaucoup se lancent dans une recherche permanente d’informations. « Les populations deviennent sensibles parce qu’elles sont en mode alerte. Elles sont constamment à la recherche d’informations », souligne-t-il.

Quand l’émotion prend le dessus

Dans ces moments de forte tension, les contenus les plus émotionnels deviennent souvent les plus visibles. Une vidéo choquante, un audio alarmiste ou une publication accusatrice peut atteindre des milliers de personnes en quelques minutes.

Pour Lassina Niangaly, journaliste et fondateur du média Le Jalon, ce phénomène est lié au fonctionnement même des plateformes numériques. « Les algorithmes des réseaux sociaux sont conçus pour mettre en avant les contenus qui génèrent plus d’engagement », explique-t-il. Plus une publication suscite des réactions, plus elle gagne en visibilité, qu’elle soit vraie ou fausse.

Selon lui, cette logique favorise les contenus sensationnalistes au détriment des informations vérifiées et nuancées. Il alerte également sur la difficulté des plateformes à modérer efficacement les contenus diffusés dans les langues « locales », ce qui facilite parfois la propagation de messages haineux ou de fausses informations dans des espaces peu contrôlés.

Dans ce contexte, il estime que les médias ont une responsabilité particulière. « Le rôle des médias, c’est d’abord de respecter la vérité, de contextualiser les informations et de débusquer les mensonges », insiste-t-il. Mais au-delà des journalistes, chaque internaute participe désormais à la circulation de l’information.

Les influenceurs appelés à plus de responsabilité

Au Mali, les créateurs de contenus occupent une place de plus en plus importante dans l’espace public numérique. Certains influenceurs disposent même d’une audience supérieure à celle de certains médias « traditionnels ».

Pour le blogueur Oumar Coulibaly, cette influence peut servir à apaiser les tensions plutôt qu’à les amplifier. « Une publication TikTok, Facebook ou X peut toucher des milliers de personnes en quelques heures. Cela signifie qu’un influenceur peut soit calmer une situation, soit l’enflammer davantage », explique-t-il.

Depuis les événements du 25 avril, il multiplie les publications appelant à la prudence et à la vérification des informations. Selon lui, le principal danger réside aujourd’hui dans la confusion entre viralité et vérité. « Beaucoup de personnes confondent viralité et vérité », regrette-t-il.

Dans ses contenus, il tente notamment de montrer comment certaines vidéos peuvent être sorties de leur contexte pour manipuler les perceptions collectives. « Une population constamment exposée à la peur et à la haine devient plus méfiante, plus divisée et plus manipulable », prévient-il.

Une mobilisation numérique pour l’unité

Face à la montée des discours anxiogènes, plusieurs jeunes Maliens ont décidé d’investir les réseaux sociaux autrement. Quelques jours après les attaques, la campagne #AnKaMali voit le jour. Derrière cette initiative : des communicants, blogueurs, graphistes, influenceurs et créateurs de contenus décidés à promouvoir des messages d’unité et de résilience.

Pour Fatoumata Naba Samaké, l’idée est née dans un moment de forte émotion collective. « Chaque Malien s’est senti concerné. Beaucoup se demandaient ce qu’ils pouvaient faire pour le pays », raconte-t-elle.

Très vite, le collectif se mobilise autour d’un objectif : lutter contre la désinformation et encourager des usages plus responsables des réseaux sociaux. Podcasts, vidéos, visuels et messages de sensibilisation circulent rapidement sur les plateformes. « Nous voulions montrer que la jeunesse a aussi un rôle à jouer », explique Fatoumata Naba Samaké.

Pour les initiateurs de la campagne, les jeunes ne doivent plus être de simples consommateurs de contenus numériques, mais aussi des acteurs capables de contrer les rumeurs et les discours de haine.

Au fil des jours, la mobilisation dépasse les frontières maliennes. Des internautes du Burkina Faso et du Niger relayent également les publications de la campagne, tandis que plusieurs influenceurs rejoignent l’initiative.

Des espaces de débat… et de responsabilité

Au Mali, les réseaux sociaux sont devenus des espaces centraux du débat public. Ils permettent aux citoyens d’exprimer leurs inquiétudes, de dénoncer certaines réalités ou de partager des informations en temps réel.

Mais cette liberté implique aussi des responsabilités. Dans un contexte fragile, une publication peut rapidement avoir des conséquences bien réelles : tensions dites communautaires, propagation de rumeurs ou montée de la méfiance.

Plusieurs spécialistes appellent aujourd’hui à renforcer l’éducation aux médias et à l’information, notamment auprès des jeunes très présents sur les plateformes numériques. Car si les réseaux sociaux peuvent amplifier les divisions, ils peuvent aussi devenir des espaces de solidarité et de dialogue.

Dans un contexte où chaque publication peut influencer des milliers de personnes, plusieurs voix appellent désormais les Maliens à faire des réseaux sociaux non pas des outils de peur et de division, mais des leviers de résilience collective.

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